Virginie Deconinck, mélasma et traitement hormonal chez la femme en ménopause

Pigmentation · Transition hormonale

Le mélasma a de la mémoire.
Un traitement hormonal peut
la réveiller

Cet article est fourni à titre informatif et éducatif uniquement. Il ne constitue pas un avis médical et ne remplace pas une consultation avec un professionnel de santé.

J'avais vingt-huit ans quand ces taches sont apparues sur mon visage. À l'époque, ni la ménopause, ni le vieillissement, ni même une grossesse n'avaient quoi que ce soit à voir là-dedans. Je les ai pourtant portées pendant des années.

Je ne vais pas enjoliver : ça a été un vrai complexe. Le genre de chose à laquelle on pense en s'habillant le matin, devant lequel on ajuste sa lumière et son maquillage, dont on parle peu parce qu'on a l'impression de se plaindre de pas grand-chose. Sauf que ce n'est pas rien. Les études le disent aussi : cette affection est bénigne, mais elle pèse réellement sur la qualité de vie.

Ces taches ont un nom : le mélasma. Elles s'installent sur le front, les joues ou au-dessus de la lèvre supérieure. Beaucoup de femmes les découvrent pendant une grossesse, d'autres sous pilule. Ça finit souvent par se calmer, ça pâlit, on l'oublie.

Et puis un jour, dix ou quinze ans plus tard, il revient. Souvent au moment précis où l'on commence un traitement hormonal pour passer la ménopause.

Ce n'est pas une coïncidence et ce n'est pas de la malchance. C'est un mécanisme, il est identifié et pourtant on ne vous en parle presque jamais avant que vous commenciez.

Le mélasma n'est pas une tache de vieillesse

Première confusion à lever, parce qu'elle change tout : le mélasma n'a rien à voir avec les lentigos, ces petites taches nettes et isolées qu'on appelle taches de soleil ou taches de vieillesse.

Le mélasma dessine des plaques plus larges, aux contours flous, souvent symétriques des deux côtés du visage. Et surtout, il ne vient pas d'un vieillissement de la peau. Il vient de cellules qui font leur travail, mais trop.

C'est pour cette raison que je peux l'écrire sans hésiter : à vingt-huit ans, ma peau ne vieillissait pas. Elle réagissait. La différence n'est pas un détail de vocabulaire, elle change complètement ce qu'on peut espérer faire.

Ces cellules sont les mélanocytes. Leur métier est de fabriquer le pigment qui colore la peau. Chez une femme qui développe un mélasma, ils ne sont ni abîmés ni plus nombreux : ils répondent trop fort à un signal. Et ce signal est presque toujours hormonal.

Le mélasma n'est pas une peau qui s'use. C'est une peau qui obéit trop bien à une consigne qu'on lui envoie.

Pourquoi les hormones allument le pigment

Les œstrogènes et la progestérone parlent directement à vos cellules pigmentaires. Elles leur donnent, en somme, l'ordre d'en fabriquer davantage. Ce n'est pas une image : c'est un signal chimique qui active la machine à pigment.

Et il y a autre chose, découvert récemment. Sous la tache, la peau est légèrement enflammée, en permanence. Cette inflammation discrète entretient la production de pigment et l'installe dans la durée.

C'est pour cette raison que les soins éclaircissants déçoivent si souvent. Ils s'attaquent à ce qui se voit, pas à ce qui commande.

La mémoire du mélasma

Voilà le point que je voudrais que vous reteniez, parce que c'est celui qui prend les femmes de court.

Un mélasma qui a pâli n'est pas un mélasma effacé. Les mélanocytes qui ont un jour réagi restent des mélanocytes qui savent réagir. Le terrain, lui, ne disparaît pas : la prédisposition, la sensibilité hormonale, la mémoire du soleil accumulé.

Un chiffre le dit mieux que tout le reste. Le mélasma touche entre 36 % et 75 % des femmes enceintes selon les études. Et jusqu'à 30 % de ces mélasmas sont encore là après l'accouchement, parfois dix ans plus tard. Une femme sur trois qui pense l'avoir « perdu » l'a en réalité gardé, en sourdine.

Alors quand un nouveau signal hormonal arrive, des années après, il tombe sur une peau qui connaît déjà le chemin. C'est pour cette raison qu'une femme qui a fait un mélasma de grossesse à trente ans peut le voir remonter à cinquante-deux, quelques semaines après avoir commencé un traitement hormonal.

Ce n'est pas un effet indésirable rare et exotique. C'est la même cellule qui répond au même type de signal.

Ce que la recherche dit vraiment sur le traitement hormonal

Et c'est ici que ça devient gênant.

Le lien entre mélasma et grossesse est connu depuis longtemps, celui avec la pilule aussi. Pour le traitement hormonal de la ménopause, en revanche, il a été observé, décrit dans des cas précis, mais quasiment jamais mesuré sérieusement. Des centaines de milliers de femmes en commencent un chaque année. Personne n'a pris la peine de chiffrer ce risque-là.

Voici quand même le point à connaître avant de commencer : tout ne se vaut pas selon la façon dont l'hormone entre dans le corps.

Les cas décrits concernent surtout les traitements en comprimé, fortement dosés en œstrogène. Le gel et les patchs sont beaucoup moins concernés, les formes locales quasiment pas.

Cette logique-là, vous la retrouvez ailleurs sur ce site : une hormone qui passe par le foie et une hormone qui passe par la peau ne produisent pas les mêmes effets, même quand c'est la même molécule. C'est ce que j'explique à propos de la SHBG. La voie d'administration n'est jamais un détail.

Le mécanisme est décrit. Le risque, lui, n'a jamais été mesuré sérieusement. Ce vide est une information en soi.

Pourquoi personne ne vous en a parlé

Il n'y a pas de complot là-dedans, il y a une conséquence logique de ce qui précède.

Un médecin qui prescrit un traitement hormonal regarde d'abord ce qui pèse lourd : des bouffées de chaleur qui vous épuisent, un sommeil détruit, vos os, votre cœur. Le mélasma n'entre dans aucune de ces cases. Il n'est pas dangereux et il ne se voit sur aucune prise de sang.

Résultat : il n'entre pas dans la conversation. Les spécialistes qui se sont penchés sur la question recommandent pourtant d'en parler aux femmes concernées avant de commencer. Encore faut-il savoir qu'on est concernée.

Et vous, vous le découvrez dans le miroir trois mois plus tard, sans faire le lien.

Ce que ça change pour vous

Un : si vous avez déjà fait un mélasma, même il y a très longtemps, même parfaitement calmé, c'est une information à donner à votre médecin avant de commencer un traitement hormonal. Pas pour renoncer au traitement, qui peut vous être très utile, mais pour que la question de la forme et de la voie d'administration soit posée en connaissance de cause.

Deux : la lumière reste le second déclencheur et il est indissociable du premier. Une peau sous signal hormonal et exposée réagit. C'est le seul point sur lequel les auteurs de la revue sont catégoriques, alors qu'ils sont prudents sur tout le reste.

Trois : cessez de traiter le mélasma comme un problème de surface. Une inflammation locale entretenue par un signal hormonal ne se règle pas en frottant plus fort. C'est exactement le même raisonnement que pour le collagène et la peau : ce qui se voit dehors est commandé de l'intérieur.

Des traitements existent. Ils ont beaucoup progressé ces dernières années. Mais aucun ne se choisit sur catalogue : ce qui vous conviendra dépend de votre peau, de ce que vous prenez déjà et de ce que vous avez traversé. Cette conversation-là se tient avec votre dermatologue.

Ce que je peux vous donner, en revanche, c'est la logique qui relie tout ça. Le mélasma n'est qu'une des façons dont votre biologie parle à travers votre peau. C'est ce que j'ai rassemblé dans Le Système. C'est là que je commencerais si j'étais vous.

Questions fréquentes

Est-ce que le mélasma peut disparaître ?

Il peut pâlir, beaucoup, au point qu'on le croie parti. Disparaître définitivement est une autre affaire. Les chiffres sur le mélasma de grossesse le montrent bien : jusqu'à 30 % sont encore présents après l'accouchement, parfois dix ans plus tard. Ce qui s'estompe, c'est la couleur. Ce qui reste, c'est la capacité de vos cellules pigmentaires à repartir dès qu'un signal hormonal ou une exposition au soleil revient.

Le mélasma est-il grave ? Est-ce que ça peut être un cancer ?

Non. Le mélasma est une affection bénigne, la littérature dermatologique est constante là-dessus. Il ne dégénère pas et il ne précède aucun cancer. Ce qu'il abîme, c'est le moral. Les études le disent aussi : il pèse réellement sur la qualité de vie. Cela dit, une règle vaut pour toute tache sur la peau : une tache qui change de forme, de couleur ou de relief, qui saigne ou qui gratte, se montre à un dermatologue. Ce n'est plus la description du mélasma à ce moment-là.

Pourquoi le mélasma se met-il au-dessus de la lèvre supérieure ?

C'est l'une de ses localisations les plus fréquentes, avec le front et les pommettes, au point qu'on parle parfois de moustache. Ces zones ont deux points communs : ce sont les parties du visage les plus exposées à la lumière et leurs cellules pigmentaires y répondent plus fortement aux hormones. La combinaison des deux dessine ce motif symétrique reconnaissable.

Peut-on avoir un mélasma sans s'exposer au soleil ?

Le déclencheur de fond est hormonal, donc oui, il peut apparaître chez une femme qui se protège. Mais la lumière reste le carburant. Elle ne se limite pas à la plage : la lumière du jour derrière une vitre suffit et une part du spectre traverse les nuages. C'est ce qui explique qu'un mélasma se réveille au printemps sans qu'on ait rien fait de particulier.

Le mélasma vient-il de la pilule ?

La pilule est un déclencheur documenté depuis longtemps, comme la grossesse. Le point commun n'est pas le médicament, c'est l'œstrogène. Toute situation qui fait monter le signal hormonal peut allumer le pigment chez une femme prédisposée. Et cela vaut aussi bien à vingt-cinq ans sous contraception qu'à cinquante-deux ans au démarrage d'un traitement de la ménopause.

Faut-il renoncer au traitement hormonal si on a déjà eu un mélasma ?

Non. Ce serait même une très mauvaise lecture de cet article. Un traitement hormonal se décide sur des enjeux qui pèsent bien plus lourd qu'une question de taches. Cette décision vous appartient, avec votre médecin. Ce qu'il faut retenir, c'est qu'un mélasma passé mérite d'être signalé avant de commencer, parce que la forme du traitement ne semble pas indifférente. C'est une information à mettre sur la table, pas une raison de renoncer.

Sources scientifiques

  • Abdeen S, Shao E, Lim D, Does hormone replacement therapy influence melasma development ? A review of the evidence and management guidelines, Dermatologic Surgery, janvier 2026. DOI 10.1097/DSS.0000000000005032. Les auteurs écrivent que les données se composent essentiellement de cas rapportés, que le mélasma lié au traitement hormonal est sous-représenté dans la littérature et que des études prospectives sont nécessaires.
  • Zhao L, Fu X, Cheng H, Prevention of melasma during pregnancy : risk factors and photoprotection-focused strategies, Clinical, Cosmetic and Investigational Dermatology, 2024. DOI 10.2147/CCID.S488663. Prévalence du mélasma pendant la grossesse de 36,4 % à 75 % ; jusqu'à 30 % des cas persistent après l'accouchement, parfois dix ans plus tard.
  • Zhang J et coll., Hormonal crosstalk in melasma : unraveling the dual roles of estrogen and progesterone in melanogenesis, International Journal of Molecular Sciences, novembre 2025. DOI 10.3390/ijms262210856. Revue de synthèse sur la régulation de l'activité des mélanocytes par les œstrogènes et la progestérone.
  • Lin S et coll., Estrogen promotes melanogenesis through facilitating M2 macrophage skewing in melasma, International Journal of Molecular Sciences, juillet 2026. DOI 10.3390/ijms27136044. Travail mécanistique sur cellules et sur peau : infiltration de macrophages accrue dans les lésions et rôle de l'œstradiol dans l'activation de la production de pigment.

Ces travaux décrivent un mécanisme, ils ne quantifient pas un risque individuel. La revue de 2026 repose sur des cas rapportés, dont l'essentiel concerne des femmes aux phototypes les plus pigmentés. Les travaux mécanistiques, eux, ont été conduits sur cellules et sur échantillons de peau. Aucun de ces éléments ne permet de dire à une femme donnée ce qui va se passer pour elle, ni de décider seule d'un traitement.

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